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Expédition Vang Vieng 2019 – Journal d’expédition – 2ème semaine

Jeudi 21 mars

Aujourd’hui nous allons prospecter à la surface des karsts. Le secteur choisi est une vallée qui s’étend au nord de la résurgence de la Nam Ka, le célèbre « Blue Lagoon », haut lieu touristique de Vang Vieng. Nous prenons un tuk-tuk à la guesthouse et prenons la piste vers l’ouest. Nous nous faisons déposer près du village hmong de Ban Nasom. Après avoir tourné un certain temps à travers champs nous trouvons le départ du sentier qui s’enfonce dans la forêt. José nous accompagne jusqu’au départ du chemin puis nous nous donnons rendez-vous au village de Ban Nasom. 

  En suivant le sentier peu tracé nous retrouvons la petite rivière qui disparaît vite sous terre, affluent de la Nam Ka souterraine. En grimpant à travers blocs nous atteignons notre premier objectif de la journée, un effondrement qui recoupe le cours de la Nam Ka. Un grand porche débouche sur  l’aval de la rivière qui ressort trois cent mètres plus loin au « Blue Lagoon » ; l’amont de cette branche est encore inconnu et nous recherchons son accès à travers les blocs. 

Nature
Dans l’effondrement sur le cours de la Nam Ka souterraine. Photo L. Renouard

Quelques départ s’arrêtent bien vite, il étaient d’ailleurs déjà connus. Enfin nous trouvons du nouveau, un  petit puits où Jérôme et Noé descendent sur une corde à nœuds. En bas il y a une salle assez vaste avec des traces d’écoulements temporaires, mais pas de passage vers l’amont. 

Nous repérons un puits d’une vingtaine de mètres de profondeur. Au fond s’étend une nappe d’eau, qui ne correspond à aucun endroit déjà topographié. C’est intéressant mais il faudrait équiper pour descendre et les bords sont très instables. À revoir avec l’équipement nécessaire.

Nous remontons ensuite au-dessus de l’effondrement à la recherche d’un éventuel étage supérieur de la rivière. Il y a des parois d’anciennes cavités ouvertes par l’érosion, des courant d’air frais, mais nulle part de passages pénétrables. La progression dans ce secteur est particulièrement délicate, sur les blocs branlants aux arêtes acérés, le tout dans une végétation dense et agrippante.

Le cap est mis vers l’est, en suivant une ligne de dolines. La progression devient peu à peu plus aisée, il y a un peu de sol au fond des dépressions. Le GPS est bien utile pour se diriger. Nous retrouvons des traces de présence humaine, des troncs d’arbres équarris et des petits sentiers. Enfin un balisage nous guide sur un chemin qui nous ramène vers la plaine, heureusement car refaire le même chemin en sens inverse à la nuit tombante aurait été délicat. En passant nous repérons quelques départs qui sont tous vite obstrués. Les prospections à la surface des karsts se sont jusqu’à maintenant avérées bien peu fructueuses.

Nous débouchons dans la plaine à un kilomètre à l’est de notre point de départ.  L’origine du balisage est une tentative de créer un site touristique du genre « Blue Lagoon ». Des petites paillotes ont été construites sur un bras de la rivière aménagé pour la baignade, mais l’endroit est absolument désert, seule une malheureuse est là à attendre d’hypothétiques clients. Et pour une fois qu’elle a de la visite, nous venons du côté de la montagne sans passer par le guichet.

Le vrai Blue Lagoon est rapidement rejoint, lui ne connaît pas de problème de fréquentation. Des touristes en foule compacte barbotent joyeusement dans la résurgence, sans se douter que ces eaux aux belles teintes irisées servent de réceptacle au guano des innombrables chauves-souris de la rivière souterraine. Une suivi épidémiologique des baigneurs du Blue Lagoon donnerait peut-être des résultats intéressants.

Nous partons à la recherche de José, à Ban Nasom les habitants nous disent l’avoir vu, il est retourné à Vang Vieng où nous le rejoignons.  

Vendredi 22 février

Aujourd’hui nous nous attaquons au système de la Nam Sang, à 15 kilomètres au nord de Vang Vieng. Nous l’explorons depuis 1998, à la recherche de la jonction ente perte et résurgence. Des motos sont louées en face de la guesthouse et nous prenons la route. Le trajet est agrémenté par les nombreux nids de poules, les travaux et le trafic intense, sans compter les troupeaux qui se promènent sur la route.

Arrivés au village hmong de Ban Pha Thao, nous nous garons près de l’école et entamons la montée vers le col et la vallée amont de la Nam Sang Taï. En redescendant vers la vallée nous croisons deux falangs avec un guide lao. Dans cette vallée le tracé des sentiers a été bien modifié depuis ma dernière visite, je m’égare quelque peu et la journée est déjà bien avancée quand nous trouvons enfin le vaste porche de la perte de la Nam Sang Taï.

Quelques rubalises ont été disposées sous le porche, pour canaliser les touristes qui vienndrait jusque-là.

La rivière souterraine est vite barrée par un siphon. Lors de notre précédente  exploration, nous avions trouvé un shunt et poursuivi l’exploration de la rivière sur plusieurs centaines de mètres jusqu’à un second siphon. Le programme du jour est de trouver un second shunt et de ressortir par la résurgence.

Le premier shunt se trouve en haut du porche et permet de redescendre dans des galeries actives. Un petit affluent se perd dans une passage étroit, quelques mètres au-dessus s’ouvre un vide bien visible. Nous y grimpons par un passage entre blocs avec une étroiture sélective. 

En haut une galerie de bonnes dimensions se dirige vers l’est. Elle débouche dans une salle encombrée de gros blocs, où tout est couvert, jusqu’à la voûte, d’une pellicule d’argile. Il y a aussi de la mousse de crue. Il ne doit pas faire bon traîner ici en saison des pluies. Cette salle est sans suite. Jérôme et Louis entament la topographie et trouvent ainsi une galerie descendante qui mène à un lit de ruisseau temporaire. Ici la roche est bien lavée par le passage de l’eau et il y a des débris venant de l’extérieur, mais le passage est rapidement fermé par les blocs. Pendant ce temps Noé découvre une galerie supérieure qui revient en surplomb au-dessus de l’escalade. Nous la topograhions aussi puis redescendont. Noé a désobstrué la perte du petit ruisseau, nous nous y engageons, c’est étroit, ça s’arrête vite et il n’y a pas de courant d’air. Ce n’est pas par là que l’on trouvera la suite de la rivière souterraine. Retourà Vang Vieng à la nuit tombante.

foret de bambou
Forêt de bambous au col nord du Pha Nang Oua. Photo L. Renouard

Samedi 23 février

 Autre journée de prospection, cette fois-ci au nord du massif du Pha Nang Oua, à une douzaine de kilomètres à l’ouest de Vang Vieng. Les images aériennes et les cartes montrent deux bassins fermés au contact du massif calcaire. Nous louons deux motos et un scooter comme la veille et prenons la route vers l’ouest.

 Nous nous arrêtons au village de Ban Nasaï situé au nord du Pha Nang Oua, là où nous avions la veille repéré des chemins d’accès à la montagne sur les images satellites. On tourne un peu puis garons les motos vant de poursuivre à pieds une rude montée sous le cagnard. Nous croisons un laotien et essayons de lui demander s’il connaît des grottes dans le coin. Mais il comprend « kham »  (or) quand nous disons « tham » (grotte). Il doit prendre ces falangs qui sortent des sentiers battus pour des prospecteurs et a l’air de s’en inquieter, ce qui est bien légitime étant donné les dégâts que l’exploitation minière cause dans la région.

 Après quatre cents mètres de montée nous arrivons au col. Devant nous la vue s’étend au loin sur de vastes étendues de forêts en partie détruites par les brûlis. Les zones brûlées sont ensuite colonisées par des bambous. À gauche, vers le sud, s’étend l’autre versant du Pha Nang Oua, avec d’impressionantes parois présentant plusieurs centaines de mètres de verticale.

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Cabane sous le Pha Nang Oua, porche en bas de la paroi. Photo L. Renouard

Nous prenons un sentier qui descend sur la gauche vers le premier bassin fermé. Il nous conduit à une clairière avec une petite maison sur pilotis.  Devant nous un grand porche noir s’ouvre à la base de la paroi. Il faut tourner un peu pour le retrouver à travers la forêt car il n’est plus visible quand on est juste en dessous. Jérôme grimpe d’une dizaine de mètres pour y accéder… pour rien ! Ce porche est immédiatement bouché. Nous reprenons la route vers le fond de la dépression, en faisant halte près d’un petit ruisseau fort agréable pour se rafraîchir et faire provision d’eau assaisonée de pastilles désinfectantes.

  Plusieurs ruisseaux s’assèchent progressivement en s’écoulant vers la base du versant. La zone de perte proprement dite est couverte d’éboulis à gros blocs à travers lesquels nous furetons dans tous les coins, mais ça ne passe pas. Quelques courants d’air frais font pourtant espérer l’existence d’un réseau souterrain, mais il reste bien caché derrière l’éboulis.

 Nous déjeunons et faisont connaissance avec un étrange serpent, long de plus d’un mètre et dont le diamètre reste inférieur au centimètre.

 En route vers le second bassin fermé nous passons près d’une petite maison sur pilotis où une famille laotienne est en train de déjeuner. Il nous invitent à partager un durian. Nous discutons un peu, ils nous disent qu’ils ne connaissent pas de grottes dans les environs, mais qu’il y a des cours d’eau plus loin au sud. En voyant nos kits et nos casques l’une de nos hôtes dit « sok tham » (chercher des grottes), nous ne sommes donc pas les premiers spéléos à prospecter le secteur.

  La seconde dépression, juste au sud de la première, est encore plus décevante, il n’y a même pas de zone d’absorption visible et évidement pas d’entrées.

  Il ne reste qu’à prendre le chemin du retour, près du col les paysans ont mis le feu aux bambous.

Redescente et retour à Vang Vieng avec un arrêt bière lao dans un bistrot au bord de la rivière.

 De retour à la guesthouse, moment d’inquiètude, nous ne retrouvons pas José qui était allé faire une désobstruction dans les environs. Personne à la guesthouse ne l’a vu rentrer. Nous allons le chercher à l’endroit supposé de sa désob, en vain. De retour à la guesthouse on est en train de réfléchir à une opération de secours quand José arrive enfin. Il dit avoir élargi au marteau un trou soufflant qui semble prometteur.  À suivre…

Famille laotienne
Halte chez une famille laotienne. Photo N. Vergez

Dimanche 24 février

  L’expédition s’achève prématurément, Louis devant retourner d’urgence en France pour raisons familiales. Les autres vont faire du tourisme au nord du Laos, vers Louang Phrabang, la rivière Nam Ou et la plaine des Jarres.


Lire la suite: Expédition Vang Vieng 2019 – exploration du Réseau du Houey Yé

Auteur de l’article : Spéléo-Club Paris

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